Des logements sociaux dans le 10ème?
Par COMITE 9/10 le jeudi 8 novembre 2007, 09:12 - Lien permanent
Depuis des décennies « Paris en crise » affiche un déficit de logements
sociaux et même s’il s’en construit quelques milliers de plus chaque année,
l’offre demeure insuffisante et singulièrement inadaptée à la demande. Pourquoi
? Budgets insuffisants, foncier hors de prix, réserves trop rares, couardise et
calculs politiciens, préférence nationaliste inavouée, choix électoralistes
affirmés, discriminations sociales, les causes sont multiples, les
responsabilités partagées, mais quelque part nos édiles, toutes tendances
confondues et tout responsables qu’ils soient, sont dans le DENI ! Déni de la
mondialisation et de ses conséquences (délocalisations, chômage de masse,
emplois précaires, bas salaires, baisse du pouvoir d’achat, etc.) qui ont eu
raison de l’ascenseur social ! Déni de cette pauvreté structurelle qui gagne
peu à peu « les ménages à revenus moyens » et s’enracine dans nos quartiers !
Déni de la misère laborieuse qui s’entasse dans les hôtels borgnes et les
immeubles en voie de démolition !
En effet, quand on les interpelle à propos de cette persistante pénurie de logements sociaux, quand on les alerte sur l’impossibilité de se loger dans le parc privé du fait de l’augmentation des loyers (+ 3,9 % de 1998 à 2004 ; + 5,1% en 2005 ; + 3,5 % en 2006 ; + 2,7 % en 2007)* , quand on s’insurge contre les choix politiques qui muent les trottoirs de nos villes en hôpitaux psychiatriques et en mouroirs, nos « responsables politiques » (toutes tendances confondues) affichent une égale et bienveillante compréhension, font le même aveu d’impuissance et assurent qu’à leur niveau, ils font « tout ce qui est possible pour remédier à la situation »… Mais au-delà des paroles d’apaisement et de circonstance quel est le bilan logement, à Paris, en cette fin de mandature ?
S’il est vrai que Paris s’est engagé, depuis 2001, dans un véritable programme de rattrapage afin de résorber son déficit de logements sociaux (- 75.397)** et s’il est également vrai que la production est passée de 3465 logements en 2001 à 5229 en 2006*** pour atteindre – toutes catégories confondues – 23851 en 2006, chacun peut constater que l’offre continue (comme du temps de Tibéri et son prédécesseur) de cibler les ménages à revenus moyens et supérieurs (11631 PLUS**** , 7293 PLS***** , 4927 PLAI****** ) alors que la majorité des 109397 demandeurs en 2006 (+ 9158 depuis 2001) ont des ressources qui correspondent aux logements… En conséquence pour les ménages les plus modestes : pas d’embellie, les mêmes continuent de survivre dans un habitat plus ou moins précaire ou de s’entasser dans de sordides hôtels « sociaux » dont les tenanciers s’enrichissent sur le dos de la collectivité. Quant aux sans logis qui, un temps, se sont imposés à l’attention des politiques en se rassemblant sur les rives du Canal St Martin, sous les tentes de l’espoir, ils ont été (pour les derniers) chassés aux beaux jours. Aujourd’hui, à l’entrée de l’hiver, alors que les mal-logés, rassemblés rue de la Banque, résistent depuis des semaines aux violences des hommes en bleu, combien ont emménagé dans un logement pérenne, combien sont encore à l’hôtel ou dans une structure d’hébergement, et combien enfin se terrent, à l’abri des matraques, dans les coins les plus reculés des quartiers ?
On nous dit qu’il manquerait plus de 6000 places d’hébergement sur les 22000 prévues…
Et des logements, il en manquerait tant que madame Boutin, la ministre du logement – quotidiennement (et à juste titre) interpellée par les mal logés et leurs soutiens – a fait (émission « Revu et corrigé », France 5 – 27.10.07) un aveu d’impuissance aussi inattendu qu’inquiétant, une réponse qui vaut pour tous : « Il n’y a pas de logements et je dois loger en priorité des personnes qui n’ont pas du tout de logement » ; et de poursuivre « il est inacceptable que des hommes, des femmes et des enfants n’arrivent pas à se loger » en insistant « des hommes et des femmes qui travaillent… qui sont dans cette situation… ».
N’en déplaise au Ministre, pour qui l’extrême détresse des sans-logis semble justifier l’attente indéterminée de familles dans des taudis ou autres abris précaires, la crise du logement est en phase aiguë depuis un certain nombre d’années déjà…
86 000 sans-logis - 3,1 millions de mal-logés (tous types d’habitats dégradés et/ou précaires) - 610 000 personnes en situation de surpeuplement - 708000 en chambres d’hôtels ou meublés - 1,6 million de demandeurs de logements dont 315 000 en Ile-de-France.
Dans une telle situation de crise, la seule réponse qui vaille c’est le déblocage de moyens supplémentaires pour construire des logements adaptés aux besoins, en effet : « Il n'est pas sérieux de croire que les familles modestes, et à plus forte raison les plus pauvres et les plus vulnérables d'entre elles, peuvent trouver à se loger de façon digne, décente et durable, par la seule loi du libre marché. »
Comment en est-t-on arrivé là ? Quels sont les enjeux immédiats et pour les années à venir ?
Pourquoi Paris, ville de gauche, joue petit bras ?
Et dans le 10ème, combien de demandes de logement en attente ?
La droite fait l’impasse et « la gauche qui protège » regarde ailleurs…
Quel mystérieux dessein ou quelle illusion poursuit-on en haut lieu en se refusant à cibler les populations en demande et en produisant globalement si peu de logements ?
Selon l’INSEE, il aurait fallu construire 320 000 logements par an entre 2000 et 2004 ; les chiffres du ministère de l’Equipement n’en accusent que 309 200 en 2000, 302 700 en 2001 et 302 800 en 2002 et depuis le rattrape n’a pas eu lieu… Aujourd’hui, selon les associations, il en faudrait, là tout de suite, un bon million ! La dramatique crise du logement qui nous saute à la gueule est quantitative, mais également qualitative : c’est une crise du logement bon marché et par extension la manifestation d’une certaine forme de rejet à l’égard de ces pauvres dont personne ne veut dans sa ville ou dans son quartier… Illustration de cette inavouable discrimination : « Tous les produits locatifs, y compris le locatif social, visent pour une large part, la tranche supérieure de la catégorie à laquelle ils sont destinés. »
Et, même si récemment on s’est enfin décidé à relancer la construction (410.000 logements financés en 2005 et 430.000 en 2006), les grandes orientations n’ont pas été infléchies. Mixité sociale et renouvellement urbain obligent, on a entrepris de vider les quartiers et de se priver de milliers de logements sociaux, en faisant sortir tour sur tour° à la périphérie des grands centres urbains et en démolissant à tout va, à Paris. Bien sûr, on remplace quartiers insalubres et « zones de relégations » par du beau, du plus vaste et récemment du HQE (haute qualité environnementale), mais on ne remplace pas à égalité ce que l’on a détruit et la majorité des nouveaux « produits », plus chers, sont prioritairement destinés aux ménages à revenus moyens : 70% de ces logements ne sont accessibles qu’à 30% de la population, compte tenu des prix de sortie.

À Paris, en 2006, 75 % des demandeurs de logements sociaux disposaient d’un niveau de ressources inférieur au plafond PLAI°° ; pourtant, comme au cours des années précédentes, les élu(e)s ont marqué leur préférence pour des logements PLUS (4927 PLA-I contre 11631 PLUS°°°) et dans le 10ème, on s’est même risqué à défendre la thèse de l’équivalence entre les deux produits (5,25 € du m² pour le PLAI – 5,90 € pour le PLUS), les prestations familiales étant supposées prendre en charge le différentiel. Quant au PLS, qui a tout du logement intermédiaire et rien du logement social, Paris en a agréé 7239 entre 2002 et 2006, soit environ 30 % de la production pour seulement 8,4 % des demandeurs. Et il est probable qu’il y en aura quelques milliers supplémentaires avant que la capitale ne se décide à suivre l’agglomération du Grand Lyon qui a choisi de le considérer pour ce qu’il est, c’est-à-dire un logement intermédiaire. Conçu à l’origine pour favoriser la « mixité sociale », ce produit hybride, qui séduit les maires (celui de Paris ne fait apparemment pas exception à la règle) offre l’avantage de financer aussi bien du « logement social » que des logements pour étudiants, personnes âgées ou handicapées. Il est passé de 10% à 35% en 2005, 37% en 2006 et 2007, il devrait atteindre 40% en 2008 et 2009. À terme, sa production aura quadruplé (+ de 40.000) alors que celle de l’ensemble des logements sociaux n’aura même pas doublé et, à moins d’une soudaine et miraculeuse augmentation des budgets et d’une réorientation des « priorités », point de changement à l’horizon…
L’enjeu est de taille, l’État, les collectivités territoriales, les communautés de communes, les communes, vont-ils enfin unir leurs efforts pour satisfaire les besoins des sans-logis, des mal-logés et de la grande majorité des demandeurs de logements, ou vont-ils continuer à faire les yeux doux aux ménages les plus aisés (5,3% sont déjà logés en HLM) en se faisant mutuellement porter la responsabilité de la crise ?
Ci-dessous, quelques chiffres et infos :
Les conditions de logement en France
57 % de la population sont propriétaires de leur logement, 17 % sont logés dans le parc social et 20,5 % dans le parc privé ; 5,5 % sont hébergés gratuitement ou dans des « conditions particulières ».
Les ménages et leurs revenus à Paris
Le revenu mensuel moyen s’élève à 2085 €, soit 46% de plus que le revenu moyen national.
Les ménages à revenus moyens se situent en 2005 entre une limite inférieure de 1208 € mensuels par unité de consommation (UC) et une limite supérieure de 3141€.

Les ménages par catégories

L’offre de logements sociaux
Il y a 171.502 logements sociaux au 1er janvier 2006 – toutes catégories confondues.
En 2002, le nombre de logements sociaux était de 157.763 unités – toutes catégories confondues –, ce qui correspondait à 13,69 % des résidences principales.
Le pourcentage de rotation des ménages parisiens logés dans le parc social est inférieur au pourcentage de l’Île-de-France, soit : 8,5% pour 6,4% à Paris, en 2002.
La production de logements de 2001 à 2006 (logements agrées) à Paris

La demande
Environ 8% des ménages parisiens sont demandeurs d’un logement social.
Au 1er janvier 2006, Paris compte 109.397 demandeurs de logements dont 88131 parisiens.
70,5 % de ces demandeurs ont des revenus inférieurs au plafond des PLA-I (à peu près un SMIC).
8 % disposent de revenus supérieurs aux plafonds PLUS et 3 % aux plafonds du PLS.
Entre 2001 et 2006, le nombre de demandeurs de logements a augmenté de 9158 unités.
Répartition des ménages par statut d’occupation à Paris

43 % des logements sociaux parisiens abritent des ménages à revenus modestes
Glorification en mairie du 10ème
Sous la houlette du maire, en partance, le 10ème populaire (89610 habitants) a quasiment accompli sa mutation… De réhabilitations en démolitions et aménagements, son parc logement a été « modernisé » et sa physionomie générale est rendue si attrayante (pistes cyclables plantées, espaces verts soigneusement arborés, quartiers tranquilles, boutiques et cafés branchés, canal récemment « rendu à ses riverains ») que l’on en oublierait presque les 4555 demandeurs de logements (70% ayant des ressources inférieures au PLAI), dont les nombreuses familles qui patientent dans les hôtels dits sociaux, celles dont les vies sont sous contrôle en résidences sociales, ceux qui nomadisent de l’appartement des parents à celui des potes, ceux qui n’ont pas eu (et n’auront jamais) les moyens de s’offrir un loft de 200 m² dans une arrière-cour discrète, ceux qui tous les soirs bouffent du gaz d’échappement en hors-d’œuvre sur le terre-plein de la place Colonel Fabien.
Avec un chiffre officiel de 4821 logements sociaux (les logements intermédiaires inclus), un déficit de 9,7% par rapport aux objectifs de 20% de la loi SRU, et une production 2000-2007 qui a contribué à creuser le déséquilibre de l’offre (685 PLUS, l82 PLS et 286 PLAI) en favorisant les segments supérieurs de l’offre, quel bilan pour l’équipe sortante et quels engagements pour les 5 années à venir ?
Demain, s’agira-t-il de tout mettre en œuvre pour satisfaire les besoins des sans-logis, des mal-logés et des demandeurs de logements, ou verra-t-on les mêmes (ou presque) lâcher les plus pauvres et continuer de prêter l’oreille aux exigences ou aspirations de ceux qui, déjà logés et souvent fort bien, s’appliquent à jouer du bulletin de vote pour défendre leur « qualité de vie » et contrôler leur environnement ?
Les ménages du 10ème et leurs revenus

Ci-dessous, en consultation, un document de travail établi à partir des délibérations votées entre 1983 et 2007. Elles sont consultables aux archives de la mairie d’arrondissement et à celles de la mairie de Paris, porte des Lilas. Il n’a malheureusement pas été possible de remonter antérieurement à l’année 1983, aucun document n’ayant été conservé… Manquent donc tous les logements produits dans les années 50 et 70 ; font également défaut des documents faisant état de l’éventuelle réalisation de « logements passerelles » (cette catégorie de logements permettaient aux personnes qui avaient des ressources inférieures aux plafonds de pouvoir accéder à un logement décent) ; également très peu de LL (loyers libres) alors qu’ils ont constitués avec les PLI une solide assise pour les attributions de logements de la mairie d’arrondissement au cours de cette dernière mandature.
Ce document de travail, avec ses manques et ses imperfections, permet cependant une bonne évaluation du parc existant d’autant que croisements et recoupements ont permis de valider la très grande majorité des programmes mentionnés.
Un doute subsiste sur la très grande quantité de logements de la convention 83 à la Zac Grange-aux-Belles, mais sans informations significatives à ce sujet, les programmes ont été maintenus à titre indicatif.

*Extrait de l’étude annuelle de l’observatoire Clameur – L’Expansion. Com 30.08.07.
**La loi SRU (solidarité et renouvellement urbain) du 13 décembre 2000 fait obligation aux communes de plus de 1.500 habitants en Île-de-France de comporter au moins 20 % de logements sociaux.
*** Les chiffres du logement social à Paris en 2006 proviennent d’une Etude APUR.
****PLUS : Prêt locatif usage social – plafond de ressources au 01/01/07 : 18 463 € pour 1 pers. – revenu imposable après abattement 20 +10 % – Décret n° 99-794 du 14 septembre 1999.
*****PLS : prêt locatif social – plafond de ressources au 01/01/07 : 24002 € pour 1 pers. – revenu imposable idem.
******PLA-I : Prêt locatif aidé Intégration – plafond de ressources au 01/01/07 : 10156 € pour 1 pers. – subvention de l’Etat de 20 % à 25 % si dérogation préfectorale.
° Plan Borloo = construction-démolition annuelle de 40 000 logements pendant cinq ans.
°° PLA-I : Prêt locatif aidé Intégration – plafond de ressources au 01/01/07 pour 1 pers. : 10156 €) – subvention de l’État de 20 % à 25 % si dérogation préfectorale.
°°° PLUS : Prêt locatif usage social – plafond de ressources au 01/01/07 : 18 463 € – Décret n° 99-794 du 14 septembre 1999
En effet, quand on les interpelle à propos de cette persistante pénurie de logements sociaux, quand on les alerte sur l’impossibilité de se loger dans le parc privé du fait de l’augmentation des loyers (+ 3,9 % de 1998 à 2004 ; + 5,1% en 2005 ; + 3,5 % en 2006 ; + 2,7 % en 2007)* , quand on s’insurge contre les choix politiques qui muent les trottoirs de nos villes en hôpitaux psychiatriques et en mouroirs, nos « responsables politiques » (toutes tendances confondues) affichent une égale et bienveillante compréhension, font le même aveu d’impuissance et assurent qu’à leur niveau, ils font « tout ce qui est possible pour remédier à la situation »… Mais au-delà des paroles d’apaisement et de circonstance quel est le bilan logement, à Paris, en cette fin de mandature ?
S’il est vrai que Paris s’est engagé, depuis 2001, dans un véritable programme de rattrapage afin de résorber son déficit de logements sociaux (- 75.397)** et s’il est également vrai que la production est passée de 3465 logements en 2001 à 5229 en 2006*** pour atteindre – toutes catégories confondues – 23851 en 2006, chacun peut constater que l’offre continue (comme du temps de Tibéri et son prédécesseur) de cibler les ménages à revenus moyens et supérieurs (11631 PLUS**** , 7293 PLS***** , 4927 PLAI****** ) alors que la majorité des 109397 demandeurs en 2006 (+ 9158 depuis 2001) ont des ressources qui correspondent aux logements… En conséquence pour les ménages les plus modestes : pas d’embellie, les mêmes continuent de survivre dans un habitat plus ou moins précaire ou de s’entasser dans de sordides hôtels « sociaux » dont les tenanciers s’enrichissent sur le dos de la collectivité. Quant aux sans logis qui, un temps, se sont imposés à l’attention des politiques en se rassemblant sur les rives du Canal St Martin, sous les tentes de l’espoir, ils ont été (pour les derniers) chassés aux beaux jours. Aujourd’hui, à l’entrée de l’hiver, alors que les mal-logés, rassemblés rue de la Banque, résistent depuis des semaines aux violences des hommes en bleu, combien ont emménagé dans un logement pérenne, combien sont encore à l’hôtel ou dans une structure d’hébergement, et combien enfin se terrent, à l’abri des matraques, dans les coins les plus reculés des quartiers ?
On nous dit qu’il manquerait plus de 6000 places d’hébergement sur les 22000 prévues…
Et des logements, il en manquerait tant que madame Boutin, la ministre du logement – quotidiennement (et à juste titre) interpellée par les mal logés et leurs soutiens – a fait (émission « Revu et corrigé », France 5 – 27.10.07) un aveu d’impuissance aussi inattendu qu’inquiétant, une réponse qui vaut pour tous : « Il n’y a pas de logements et je dois loger en priorité des personnes qui n’ont pas du tout de logement » ; et de poursuivre « il est inacceptable que des hommes, des femmes et des enfants n’arrivent pas à se loger » en insistant « des hommes et des femmes qui travaillent… qui sont dans cette situation… ».
N’en déplaise au Ministre, pour qui l’extrême détresse des sans-logis semble justifier l’attente indéterminée de familles dans des taudis ou autres abris précaires, la crise du logement est en phase aiguë depuis un certain nombre d’années déjà…
86 000 sans-logis - 3,1 millions de mal-logés (tous types d’habitats dégradés et/ou précaires) - 610 000 personnes en situation de surpeuplement - 708000 en chambres d’hôtels ou meublés - 1,6 million de demandeurs de logements dont 315 000 en Ile-de-France.
Dans une telle situation de crise, la seule réponse qui vaille c’est le déblocage de moyens supplémentaires pour construire des logements adaptés aux besoins, en effet : « Il n'est pas sérieux de croire que les familles modestes, et à plus forte raison les plus pauvres et les plus vulnérables d'entre elles, peuvent trouver à se loger de façon digne, décente et durable, par la seule loi du libre marché. »
Comment en est-t-on arrivé là ? Quels sont les enjeux immédiats et pour les années à venir ?
Pourquoi Paris, ville de gauche, joue petit bras ?
Et dans le 10ème, combien de demandes de logement en attente ?
La droite fait l’impasse et « la gauche qui protège » regarde ailleurs…
Quel mystérieux dessein ou quelle illusion poursuit-on en haut lieu en se refusant à cibler les populations en demande et en produisant globalement si peu de logements ?
Selon l’INSEE, il aurait fallu construire 320 000 logements par an entre 2000 et 2004 ; les chiffres du ministère de l’Equipement n’en accusent que 309 200 en 2000, 302 700 en 2001 et 302 800 en 2002 et depuis le rattrape n’a pas eu lieu… Aujourd’hui, selon les associations, il en faudrait, là tout de suite, un bon million ! La dramatique crise du logement qui nous saute à la gueule est quantitative, mais également qualitative : c’est une crise du logement bon marché et par extension la manifestation d’une certaine forme de rejet à l’égard de ces pauvres dont personne ne veut dans sa ville ou dans son quartier… Illustration de cette inavouable discrimination : « Tous les produits locatifs, y compris le locatif social, visent pour une large part, la tranche supérieure de la catégorie à laquelle ils sont destinés. »
Et, même si récemment on s’est enfin décidé à relancer la construction (410.000 logements financés en 2005 et 430.000 en 2006), les grandes orientations n’ont pas été infléchies. Mixité sociale et renouvellement urbain obligent, on a entrepris de vider les quartiers et de se priver de milliers de logements sociaux, en faisant sortir tour sur tour° à la périphérie des grands centres urbains et en démolissant à tout va, à Paris. Bien sûr, on remplace quartiers insalubres et « zones de relégations » par du beau, du plus vaste et récemment du HQE (haute qualité environnementale), mais on ne remplace pas à égalité ce que l’on a détruit et la majorité des nouveaux « produits », plus chers, sont prioritairement destinés aux ménages à revenus moyens : 70% de ces logements ne sont accessibles qu’à 30% de la population, compte tenu des prix de sortie.

À Paris, en 2006, 75 % des demandeurs de logements sociaux disposaient d’un niveau de ressources inférieur au plafond PLAI°° ; pourtant, comme au cours des années précédentes, les élu(e)s ont marqué leur préférence pour des logements PLUS (4927 PLA-I contre 11631 PLUS°°°) et dans le 10ème, on s’est même risqué à défendre la thèse de l’équivalence entre les deux produits (5,25 € du m² pour le PLAI – 5,90 € pour le PLUS), les prestations familiales étant supposées prendre en charge le différentiel. Quant au PLS, qui a tout du logement intermédiaire et rien du logement social, Paris en a agréé 7239 entre 2002 et 2006, soit environ 30 % de la production pour seulement 8,4 % des demandeurs. Et il est probable qu’il y en aura quelques milliers supplémentaires avant que la capitale ne se décide à suivre l’agglomération du Grand Lyon qui a choisi de le considérer pour ce qu’il est, c’est-à-dire un logement intermédiaire. Conçu à l’origine pour favoriser la « mixité sociale », ce produit hybride, qui séduit les maires (celui de Paris ne fait apparemment pas exception à la règle) offre l’avantage de financer aussi bien du « logement social » que des logements pour étudiants, personnes âgées ou handicapées. Il est passé de 10% à 35% en 2005, 37% en 2006 et 2007, il devrait atteindre 40% en 2008 et 2009. À terme, sa production aura quadruplé (+ de 40.000) alors que celle de l’ensemble des logements sociaux n’aura même pas doublé et, à moins d’une soudaine et miraculeuse augmentation des budgets et d’une réorientation des « priorités », point de changement à l’horizon…
L’enjeu est de taille, l’État, les collectivités territoriales, les communautés de communes, les communes, vont-ils enfin unir leurs efforts pour satisfaire les besoins des sans-logis, des mal-logés et de la grande majorité des demandeurs de logements, ou vont-ils continuer à faire les yeux doux aux ménages les plus aisés (5,3% sont déjà logés en HLM) en se faisant mutuellement porter la responsabilité de la crise ?
Ci-dessous, quelques chiffres et infos :
Les conditions de logement en France
57 % de la population sont propriétaires de leur logement, 17 % sont logés dans le parc social et 20,5 % dans le parc privé ; 5,5 % sont hébergés gratuitement ou dans des « conditions particulières ».
Les ménages et leurs revenus à Paris
Le revenu mensuel moyen s’élève à 2085 €, soit 46% de plus que le revenu moyen national.
Les ménages à revenus moyens se situent en 2005 entre une limite inférieure de 1208 € mensuels par unité de consommation (UC) et une limite supérieure de 3141€.

Les ménages par catégories

L’offre de logements sociaux
Il y a 171.502 logements sociaux au 1er janvier 2006 – toutes catégories confondues.
En 2002, le nombre de logements sociaux était de 157.763 unités – toutes catégories confondues –, ce qui correspondait à 13,69 % des résidences principales.
Le pourcentage de rotation des ménages parisiens logés dans le parc social est inférieur au pourcentage de l’Île-de-France, soit : 8,5% pour 6,4% à Paris, en 2002.
La production de logements de 2001 à 2006 (logements agrées) à Paris

La demande
Environ 8% des ménages parisiens sont demandeurs d’un logement social.
Au 1er janvier 2006, Paris compte 109.397 demandeurs de logements dont 88131 parisiens.
70,5 % de ces demandeurs ont des revenus inférieurs au plafond des PLA-I (à peu près un SMIC).
8 % disposent de revenus supérieurs aux plafonds PLUS et 3 % aux plafonds du PLS.
Entre 2001 et 2006, le nombre de demandeurs de logements a augmenté de 9158 unités.
Répartition des ménages par statut d’occupation à Paris

43 % des logements sociaux parisiens abritent des ménages à revenus modestes
Glorification en mairie du 10ème
Sous la houlette du maire, en partance, le 10ème populaire (89610 habitants) a quasiment accompli sa mutation… De réhabilitations en démolitions et aménagements, son parc logement a été « modernisé » et sa physionomie générale est rendue si attrayante (pistes cyclables plantées, espaces verts soigneusement arborés, quartiers tranquilles, boutiques et cafés branchés, canal récemment « rendu à ses riverains ») que l’on en oublierait presque les 4555 demandeurs de logements (70% ayant des ressources inférieures au PLAI), dont les nombreuses familles qui patientent dans les hôtels dits sociaux, celles dont les vies sont sous contrôle en résidences sociales, ceux qui nomadisent de l’appartement des parents à celui des potes, ceux qui n’ont pas eu (et n’auront jamais) les moyens de s’offrir un loft de 200 m² dans une arrière-cour discrète, ceux qui tous les soirs bouffent du gaz d’échappement en hors-d’œuvre sur le terre-plein de la place Colonel Fabien.
Avec un chiffre officiel de 4821 logements sociaux (les logements intermédiaires inclus), un déficit de 9,7% par rapport aux objectifs de 20% de la loi SRU, et une production 2000-2007 qui a contribué à creuser le déséquilibre de l’offre (685 PLUS, l82 PLS et 286 PLAI) en favorisant les segments supérieurs de l’offre, quel bilan pour l’équipe sortante et quels engagements pour les 5 années à venir ?
Demain, s’agira-t-il de tout mettre en œuvre pour satisfaire les besoins des sans-logis, des mal-logés et des demandeurs de logements, ou verra-t-on les mêmes (ou presque) lâcher les plus pauvres et continuer de prêter l’oreille aux exigences ou aspirations de ceux qui, déjà logés et souvent fort bien, s’appliquent à jouer du bulletin de vote pour défendre leur « qualité de vie » et contrôler leur environnement ?
Les ménages du 10ème et leurs revenus

Ci-dessous, en consultation, un document de travail établi à partir des délibérations votées entre 1983 et 2007. Elles sont consultables aux archives de la mairie d’arrondissement et à celles de la mairie de Paris, porte des Lilas. Il n’a malheureusement pas été possible de remonter antérieurement à l’année 1983, aucun document n’ayant été conservé… Manquent donc tous les logements produits dans les années 50 et 70 ; font également défaut des documents faisant état de l’éventuelle réalisation de « logements passerelles » (cette catégorie de logements permettaient aux personnes qui avaient des ressources inférieures aux plafonds de pouvoir accéder à un logement décent) ; également très peu de LL (loyers libres) alors qu’ils ont constitués avec les PLI une solide assise pour les attributions de logements de la mairie d’arrondissement au cours de cette dernière mandature.
Ce document de travail, avec ses manques et ses imperfections, permet cependant une bonne évaluation du parc existant d’autant que croisements et recoupements ont permis de valider la très grande majorité des programmes mentionnés.
Un doute subsiste sur la très grande quantité de logements de la convention 83 à la Zac Grange-aux-Belles, mais sans informations significatives à ce sujet, les programmes ont été maintenus à titre indicatif.

*Extrait de l’étude annuelle de l’observatoire Clameur – L’Expansion. Com 30.08.07.
**La loi SRU (solidarité et renouvellement urbain) du 13 décembre 2000 fait obligation aux communes de plus de 1.500 habitants en Île-de-France de comporter au moins 20 % de logements sociaux.
*** Les chiffres du logement social à Paris en 2006 proviennent d’une Etude APUR.
****PLUS : Prêt locatif usage social – plafond de ressources au 01/01/07 : 18 463 € pour 1 pers. – revenu imposable après abattement 20 +10 % – Décret n° 99-794 du 14 septembre 1999.
*****PLS : prêt locatif social – plafond de ressources au 01/01/07 : 24002 € pour 1 pers. – revenu imposable idem.
******PLA-I : Prêt locatif aidé Intégration – plafond de ressources au 01/01/07 : 10156 € pour 1 pers. – subvention de l’Etat de 20 % à 25 % si dérogation préfectorale.
° Plan Borloo = construction-démolition annuelle de 40 000 logements pendant cinq ans.
°° PLA-I : Prêt locatif aidé Intégration – plafond de ressources au 01/01/07 pour 1 pers. : 10156 €) – subvention de l’État de 20 % à 25 % si dérogation préfectorale.
°°° PLUS : Prêt locatif usage social – plafond de ressources au 01/01/07 : 18 463 € – Décret n° 99-794 du 14 septembre 1999
